Structurer et piloter une stratégie RSE : Conversation avec Florence Belzak, head of Impact

Aurélia Nelet

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Florence Belzak est actuellement Consultante Indépendante en RSE, après plusieurs expériences dans le domaine, notamment en tant que Head of Impact chez Pimpant, la marque de produits du quotidien rechargeables. Et elle n’est pas inconnue de la communauté des Freelances For Good, puisqu’elle avait participé, au tout début de notre aventure, à la formation en ligne Social Declik pour aider les freelances engagé·es à développer leur activité dans l’impact.

Nous avons eu le plaisir de passer une heure et demie avec Florence lors de la dernière masterclass réalisée par des experts et expertes du secteur de l’impact réservée à la communauté des Freelance For Good. L’occasion idéale pour revenir sur son parcours chez Pimpant et échanger autour de la stratégie RSE. Que ce soit dans une entreprise traditionnelle, une start-up à mission ou à impact, elle nous a aidés à mieux comprendre les différentes définitions de la RSE, tout en décortiquant les rouages de son poste, ses missions et les enjeux qu’elle rencontre au quotidien.

Florence Belzak, Consultante en stratégie RSE freelance

Présentation de la start up Pimpant & du rôle de Head of Impact

Peux-tu te présenter et nous parler de ta dernière expérience professionnelle ?

Je m’appelle Florence Belzak et je suis Consultante indépendante en RSE. Pour la petite histoire, j’ai été freelance et j’ai fait partie des premiers membres de la communauté Social Declik après avoir suivi la formation Freelance For Good.

J’ai ensuite intégré Pimpant, une start-up à mission basée en Normandie, qui propose des produits du quotidien — comme du savon ou des nettoyants ménagers — en version rechargeable. L’objectif est clair : réduire les déchets plastiques liés à ces produits et protéger les océans, un engagement qui résonne profondément avec mes valeurs et mon affinité pour l’environnement marin.

Comment as-tu rejoint cette start-up à mission ?

J’ai rejoint Pimpant en septembre 2021, peu après avoir terminé la formation Social Declik. À ce moment-là, j’étais Freelance For Good, et je démarchais des entreprises à impact pour intégrer cet écosystème. C’est comme ça que j’ai pris contact de manière informelle avec les cofondateurs de Pimpant. Ils étaient ouverts à différentes formes de collaboration, et j’ai commencé à travailler avec eux en tant que freelance.

Très vite, mon rôle a évolué : ils recherchaient quelqu’un en interne pour piloter leur démarche d’impact. Comme cela faisait parfaitement écho à mes aspirations, je suis devenue Head of Impact, ce qui m’a permis de me projeter plus durablement dans l’entreprise. 

Quel a été ton rôle et tes missions en tant que Head of Impact ?

À mon arrivée chez Pimpant, l’objectif principal était d’obtenir la certification B-Corp. Dans un premier temps, j’ai accompagné l’entreprise dans sa transformation en société à mission, avec des engagements clairs au service de l’intérêt général et de l’environnement.

Mes missions ont rapidement été très variées et transversales :

  • Structurer et évaluer la stratégie RSE de l’entreprise
  • Définir la feuille de route Impact, car à l’époque, la marque débutait tout juste avec un seul produit : tout était à construire
  • Réaliser les bilans carbone, pour mesurer nos émissions de gaz à effet de serre et orienter les actions de réduction
  • Former et engager l’équipe autour des enjeux environnementaux et sociaux : animation du challenge “Ma Petite Planète”, ateliers d’intelligence collective comme “Premier Acte” avec Ticket for Change
  • Intégrer l’éco-conception au cœur du développement produit pour proposer des solutions les plus clean et durables possibles
  • Obtenir des labels engagés tels que B-Corp et Ocean Approved, pour valoriser nos actions en faveur de l’océan
  • Lancer des initiatives éducatives : création d’un magazine pour enfants autour de la transition écologique et développement d’une association pour les sensibiliser à ces enjeux dès le plus jeune âge

Toutes ces missions avaient un fil rouge : maximiser l’impact positif de l’entreprise à tous les niveaux.

En entreprise, la responsabilité de l’impact peut être incarnée par une personne ou porté collectivement à travers un comité. Chez Pimpant, le poste de Head of Impact est à la fois opérationnel et stratégique. J’étais à la fois garante de la feuille de route Impact, de la mise en œuvre des plans d’action et du pilotage des objectifs. Je travaillais en lien étroit avec tous les pôles de l’entreprise — du marketing à la logistique — car l’impact se vit dans tous les services. C’est essentiel pour produire un rapport d’impact solide et sincère, et assurer une cohérence entre les ambitions et les actions.

As-tu suivi une formation spécifique dans l’impact ou la RSE avant de trouver ce poste ?

Non, je n’ai pas suivi d’études académiques en RSE ou en impact. Mon parcours s’est plutôt construit au fil des expériences.

Avant de rejoindre Pimpant, j’ai exploré plusieurs voies professionnelles, ce qui m’a permis de développer une grande capacité d’adaptation. J’ai beaucoup appris sur le terrain, et j’ai aussi complété ce bagage avec des formations comme Social Declik ou l’accompagnement de l’incubateur associatif MakeSense, qui m’ont permis de structurer mes connaissances et de renforcer ma légitimité.

Dans une start-up comme Pimpant, ce qui compte, c’est moins le diplôme que la capacité à prendre un sujet à bras-le-corps, à le structurer, à l’animer et à embarquer les équipes. Bien sûr, cela peut être différent dans des organisations plus grandes, où les parcours sont parfois plus normés. Mais dans un environnement agile et engagé, l’essentiel est surtout d’avoir une culture de l’impact, de l’autonomie, et une envie réelle de faire bouger les lignes.

Définitions et piliers RSE

Qu’est ce que la RSE ?

La RSE signifie Responsabilité Sociétale des Entreprises. Contrairement à ce que l’on pense souvent, le “E” ne renvoie pas à l’environnement mais bien à l’entreprise – même si l’aspect écologique est évidemment une composante essentielle de cette démarche.

Quelques définitions officielles pour mieux comprendre ce concept :

« L’intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes. » Commission européenne

« La prise en compte par les entreprises, sur des bases volontaires, et parfois juridiques, des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et éthiques dans leurs activités. » – France stratégie

La RSE n’est pas une démarche isolée. Elle implique de dialoguer en interne et en externe pour co-construire une stratégie adaptée à la structure de l’entreprise. Sa mise en œuvre dépend du modèle économique, de la taille et de la culture d’entreprise.

Start-up, start-up à impact ou société à mission : quelles différences ?

💡 Petit glossaire pour s’y retrouver :

  • Start-up : Entreprise en phase de croissance rapide, souvent orientée vers l’innovation et la recherche de rentabilité à court/moyen terme.
  • Start-up à impact : Intègre l’impact social et environnemental dans son modèle économique dès le départ. Cela peut prendre plusieurs formes :
    • Créer un produit ou service qui génère un impact positif.
    • Faciliter des comportements vertueux dans la société en démocratisant une solution
    • Compenser une activité classique avec une action non lucrative.
  • Société à mission : Statut juridique introduit par la Loi PACTE (2019). L’entreprise inscrit une raison d’être et des objectifs sociaux/environnementaux dans ses statuts, assortis d’un audit annuel pour vérifier la cohérence entre sa mission et ses actions.

C’est ce dernier statut qu’a choisi Pimpant.

Pourquoi avoir fait le choix de devenir une société à mission ?

Notre objectif de certification B-Corp nous a naturellement amenés à cette décision.

Devenir une société à mission, ce n’est pas un simple engagement symbolique : c’est une décision structurante. Elle implique d’inscrire noir sur blanc, dans nos statuts, que notre finalité ne se limite pas à la recherche de profit. Cela suppose de :

  • Définir une raison d’être claire,
  • La décliner en objectifs sociaux et environnementaux concrets,
  • Désigner un responsable de mission,
  • Et accepter une obligation de moyens (et non de résultats).

Chez Pimpant, notre raison d’être est la suivante :

“Aider chacun à devenir un acteur du changement pour dessiner l’avenir enthousiasmant de nos enfants.”

Cette raison d’être guide toutes nos actions. Elle se traduit par 3 objectifs opérationnels :

📚Éducation → Comment aider chacun à devenir acteur du changement
🛍️Consommation responsable → Comment favoriser l’adoption du rechargeable
💼Travail décent → Comment contribuer à transformer le monde de l’entreprise

Ces engagements se concrétisent dans nos activités quotidiennes : la conception de produits, les contenus de notre magazine, la création d’une usine pour plus d’agilité… C’est un chemin de long terme, exigeant mais structurant, qui nous aide à rester fidèles à nos valeurs tout en grandissant.

Qu’est ce qui différencie la RSE d’une entreprise classique de celle d’une entreprise à impact ou à mission ?

Dans une entreprise dite “classique”, la RSE est souvent un département ou une fonction dédiée qui vient s’ajouter à l’activité principale qui a pour objectif de gagner dans l’argent. La démarche RSE est alors lancée dans une logique d’amélioration ou de compensation. Le rôle est un peu plus défini dans ce genre d’entreprise.

À l’inverse, dans une entreprise à impact ou une société à mission, la RSE est au cœur du projet : l’impact est intégré dans le modèle économique, et toute l’organisation est structurée autour de cette mission.

Cela concerne autant la création de l’offre que les processus internes, les relations humaines ou les choix de partenaires.

RSE dans une entreprise classique vs dans une entreprise à impact.stratégie RSE freelance.

Quels sont les piliers d’une stratégie RSE ?

Qu’il s’agisse d’une entreprise classique ou à mission, la stratégie RSE repose sur 3 grands piliers reconnus :

  1. Environnement : Réduire l’impact écologique de l’entreprise, incluant ses parties prenantes (matières, transport, énergies, etc.).
  2. Social : Assurer le bien-être des collaborateurs, équité, inclusion, et contribution à la société.
  3. Gouvernance : Instaurer des pratiques éthiques, la transparence et l’implication des parties prenantes dans les décisions

Chez Pimpant, ces piliers se sont naturellement incarnés dès le départ à travers notre volonté de réduire le plastique à usage unique dans les produits du quotidien. Dans une start-up à impact, les choses vont se faire d’une manière naturelle car à partir du moment où cela est au cœur du business model, c’est toutes les décisions et parties prenantes qui œuvrent dans le même sens. Grâce à des outils d’évaluation, nous avons pu mesurer concrètement notre impact et faire évoluer notre démarche.

Quels outils ou méthodes pour structurer une stratégie RSE ?

Pour construire une stratégie RSE robuste, plusieurs outils et sources d’inspiration nous ont guidés chez Pimpant :

  • Les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU, qui servent de feuille de route universelle. Nous nous sommes particulièrement appuyés sur la hiérarchisation proposée par Timothée Parrique, qui commence par un socle écologique (4 premiers ODD essentiels), avant d’aborder les sujets sociaux et économiques.

    Par exemple : Éducation, consommation responsable et travail décent ont été des priorités dans notre feuille de route.

  • La perma-entreprise, inspirée de la permaculture, permet de regarder comment la nature fonctionne pour essayer de copier les bonnes idées. Cela repose sur 3 principes éthiques :
    1. Prendre soin des humains
    2. Préserver la planète
    3. Se fixer des limites et partager les surplus

Cette méthode offre un cadre structurant pour devenir une entreprise à mission et asseoir sa raison d’être, avec des indicateurs associés à chaque pilier.

  • L’outil Toolbox Circulab, proposé par Justine Laurent et Brieuc Saffré, porte-paroles de l’économie circulaire. Cela permet d’avoir une vision 360 de l’entreprise.
    Cet outil nous a aidés à poser une vision circulaire et systémique de notre activité.
  • Enfin, pour rentrer plus dans le détail, nous avons eu recours à des analyses de cycle de vie (ACV) via l’ADEME, pour nous assurer que nos produits avaient réellement un impact réduit tout au long de leur cycle, notamment pour toute la partie conception du produit rechargeable. Cet outil permet de mieux comprendre son impact et d’accéder à des données de marché.

Quels outils permettent de mesurer l’impact de ces actions ?

Nous mesurons notre impact à travers plusieurs outils complémentaires, selon les piliers de notre stratégie RSE :

  • Zei : une plateforme qui évalue nos performances sur les 3 piliers RSE (environnement, social, gouvernance)
  • Ecovadis : un système de notation RSE reconnu, utile notamment pour les appels d’offres ou les partenariats
  • Impact Track et d’autres solutions comme Act for Earth : pour piloter et valoriser nos actions à impact positif

Par ailleurs, nous nous appuyons sur des labels reconnus, qui renforcent la crédibilité de notre démarche :

  • B-Corp : l’un des labels les plus exigeants et complets, très valorisé en B2B, encore peu connu du grand public
  • LUCIE / ISO 26000 : une norme robuste, qui nécessite du travail et beaucoup de temps à mettre en place. Idéale pour les entreprises en croissance souhaitant communiquer avec des partenaires externes de plus grandes tailles.
  • GRI (Global Reporting Initiative) : pour des rapports d’impact standardisés et comparables
  • Label RSE AFNOR : une évaluation du niveau de maturité des démarches RSE selon l’ISO 26000
  • Ocean Approved : un label spécifique à l’impact environnemental sur les océans, développé par la Fondation de la Mer avec le soutien du Ministère de la Mer

Le mot de la fin : question de la communauté

Connais-tu la théorie du donuts* ? Est-ce un modèle économique compatible avec une start-up à impact ? Quel retour d’expérience sur le terrain ?

* La théorie du donut, développée par l’économiste Kate Raworth, propose un cadre pour repenser l’économie. L’image du donut/anneau illustre la zone intérieure représentant les besoins humains essentiels (alimentation, logement, santé…), tandis que la zone extérieure marque les limites planétaires à ne pas dépasser (climat, biodiversité…). L’enjeu : prospérer dans l’espace sûr et juste situé entre ces deux cercles, sans compromettre ni les besoins fondamentaux ni la santé de la planète*

Chez Pimpant, cette vision résonne. Mais conjuguer les codes de la start-up (croissance rapide, levée de fonds, scalabilité) avec les impératifs de l’impact (sobriété, régénération, durabilité) n’est pas toujours évident. Cela demande de repenser son modèle pour éviter les pièges d’une surconsommation masquée sous couvert de “green business”.

Je m’intéresse de plus en plus aux modèles d’entreprise régénérative. Ils s’inspirent du vivant, avec une croissance organique, durable et en lien avec le territoire. Je pense notamment aux réflexions d’Aurélien Barrau sur notre rapport au vivant. »

L’histoire de Florence et de Pimpant montre qu’il est possible de créer une entreprise qui conjugue sens, impact et engagement sans renoncer à l’innovation. Alors, la prochaine fois que tu verras un produit rechargeable, pense à tous les efforts collectifs qu’il incarne et aux métiers passionnants qui se cachent derrière, comme celui de Head of Impact.

📚 Ouvrages & Ressources cités :

  • Ralentir ou périr – Timothée Parrique
  • Podcast – Timothée Parrique
  • Anti Chaos – Mathieu Dardallant / Ticket for Change
  • Atelier d’automne – Comment appliquer le business model donut en entreprise

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