Freelancing et mobilité : Et si on ralentissait ?

Charlotte

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On marche sur la tête ! Enfin non, parce qu’on ne marche même plus !

Le bilan est sans appel, on a jamais été aussi sédentaire que depuis qu’on se déplace autant.

On vole à l’autre bout de l’Europe pour un week-end entre potes ou une réunion et paradoxalement on reste statique devant nos ordinateurs des heures durant !

Cette nouvelle tendances pose deux problèmes :

  • Un problème de santé publique : la sédentarisation du travail avec le développement des activités tertiaires a de vraies conséquences sur notre santé : surpoids, problèmes de dos, pathologies cardiovasculaires, et même sur notre santé mentale etc …
  • Un problème environnemental : Ces voyages à outrance, notamment en avion émettent énormément de CO2 à l’heure où notre objectif est d’atteindre la neutralité en 2050.

C’est donc un sujet qu’on a voulu évoquer avec les freelances de la communauté Social Declik.

En juin, nous avons reçu Tom Dubois, responsable de la valorisation des recherches, de la communication et des relations publiques du Forum Vies Mobiles, le think tank de la mobilité du futur. L’objectif était de mieux comprendre ensemble les enjeux et les pistes pour réorganiser les espaces et les rythmes de vie et répondre aux enjeux climatiques.

On te partage ici les éléments clés de cette masterclass, mais aussi deux témoignages de personnes qui ont adopté des transports plus sobres dans leurs vies professionnelles.

Un vélo garé contre un mur rouge

La mobilité des français

Les Français ont la bougeotte. En moyenne, c’est 400 kilomètres qui sont parcourus par semaine, ce qui représente la distance entre Paris et Nantes mais aussi 10 heures de notre temps précieux.

Bien sûr, ce chiffre est une moyenne avec une très grande disparité dans les pratiques :

  • Plus on est riche, plus on se déplace vite et loin
  • Plus on est modeste, plus on a des difficultés à se déplacer (notamment pour l’emploi),
  • Les femmes se déplacent moins que les hommes et pour des activités davantage en proximité avec le foyer (accompagnement des enfants, courses)

Le travail, est le premier motif de déplacement du travail (43%) et même post-COVID, il y a encore 82% des actifs qui ont des déplacements quotidiens entre leur domicile et leur travail. Ces déplacements quasi quotidiens et pour certains longs ont des conséquences sur la santé mais aussi sur la famille. On constate que le taux de divorce est plus élevé chez les personnes qui se déplacent pour le travail.

1/3 des Français pratiquent le télétravail au moins une fois par semaine (principalement des cadres) et principalement chez les Franciliens. Ça paraît beaucoup, mais finalement c’est bien moins que chez nos voisin.es Espagnol.es et Italien.es, chez qui le télétravail est beaucoup plus développé.

Il constitue une vraie révolution et pas seulement dans la sphère professionnelle. Les Français.es reviennent à des commerces de proximité, a contrario les magasins dans les quartiers d’affaires ferment par faute d’activité surtout le lundi ou le vendredi (jours privilégiés pour le télétravail). Autre conséquence, les routes sont encore plus fréquentées les mardis et les jeudis, ce qui est très dur à gérer pour les opérateurs de transport.

Déplacement, enjeux climatiques et aspirations

Un seul chiffre pour résumer la situation par rapport aux objectifs sur le climat.

10 000 KM en voiture c’est 2,53 de tonnes de CO2 et un Français fait en moyenne 12000 km par an. On voit donc qu’en ne comptabilisant seulement la voiture, on s’éloigne déjà dangereusement de l’objectif des 2 tonnes par personne pour l’ensemble des activités.

Si les Français.es sont de plus en plus préoccupés des conséquences de leur déplacement sur le climat, il y a aussi leurs aspirations personnelles qui ont bougé.

8 personnes sur 10 souhaitent ralentir leur rythme de vie et 1 personne sur 2 aimerait pouvoir vivre en proximité, c’est-à-dire à l’échelle de son quartier.

On constate ces dernières années que les grandes villes sont boudées alors qu’on a mené une politique de métropolisation pendant des années.

Par contre, en dehors de cette envie de plus de sobriété, de ralentissement et de proximité au quotidien, le hic, c’est que l’avion fait toujours rêver. Et on le sait, c’est un mode de déplacement lourd en carbone.

Alors, comment faire évoluer nos pratiques de déplacement demain ?

Quelques pistes pour se déplacer plus sobrement

  • Le véhicule électrique : Ce n’est pas la solution magique puisque sa production a un impact carbone fort, mais il reste une bonne alternative dans le cas où il est vraiment nécessaire de remplacer son véhicule.
  • Le covoiturage : Sur le papier, c’est une solution sympa mais dans les faits, il est encore difficile de l’organiser dans son quotidien.
  • Les véhicules légers : dans cette catégorie on trouve les vélos, vélos électriques, vélos-cargos, vélo mobile, la Citroën AMI. Ça reste l’alternative la plus simple si les infrastructures permettent ce type de déplacement et que les villes et métropoles mettent en place des politiques d’aide financières et logistiques.
  • L’autopartage : Il est encore très compliqué à mettre en place puisque la voiture est toujours perçue comme une extension de son domicile et que l’envie de la posséder reste forte. Une declikeuse nous a fait part d’un retour d’expérience satisfaisant avec Mobicoop. Cette société a aidé sa copropriété à mettre en place de l’autopartage.
  • L’avion : Aïe, ça se corse ! Comme expliqué plus haut, c’est un mode de transport qui s’est démocratisé et qui fait toujours rêver et gagner beaucoup de temps sur les longues distances. À la marge, on constate une petite tendance de “flygskam” en sudéois, “avihonte” en français, soit un sentiment de culpabilité ou de honte de prendre l’avion. C’est très difficile de trouver une solution sur ce mode de transport.

Et pour nous inspirer, on peut regarder du côté de Ponteneavra en Espagne, ou de la Suisse où elles et ils ont réussi à développer des services de transport ferrés au top ! (cadencement, tarification et information voyageurs unifiée).

En résumé, il faudrait qu’on revoie tous plus ou moins notre copie pour tendre vers plus de sobriété et de proximité dans nos déplacements. Et pourquoi ne pas s’engager aussi pour faire bouger les pouvoirs publics ?

Et pour nous donner envie de changer nos habitudes on te partage deux retours d’expériences issus de la communauté.

Coline, opter pour le train pour travailler de l’étranger

Coline, co-fondatrice de Social Declik a décidé de passer quelques semaines en télétravail dans le sud de l’Espagne pour le mois de février 2023. Elle revient sur son expérience ferroviaire pour s’y rendre.

Coline, tu peux nous dire deux mots sur ton projet ?

Ayant déjà vécu à l’étranger, j’avais envie de retrouver l’expérience de vivre dans un autre pays, et j’allais aussi chercher un peu de soleil pour l’hiver. Le temps de déplacement étant long, j’ai voulu y rester plusieurs semaines pour rentabiliser.

Pourquoi tu as fait le choix d’y aller en train ? Quelles ont été les conséquences positives et négatives de ce choix ?

Comme je ne voulais pas prendre l’avion pour des raisons d’émissions carbone et que j’avais le temps du trajet, j’ai décidé d’y aller en train. Ce qui m’a aidé dans ce choix a été de connaître des personnes qui faisaient régulièrement le trajet Paris-Madrid en train. Mon retour d’expérience est très positif. J’ai vu que des avantages à choisir la voie ferrée. Cela m’a pris une journée pour faire Rennes-Madrid. J’ai pu bosser efficacement dans le train car j’avais prévu des taches adaptées à une connexion limitée.

Ce qui est particulièrement agréable avec le train, c’est de partir du centre-ville et d’arriver dans un centre-ville. On a l’impression d’arriver directement au cœur du nouvel endroit. Je trouve que c’est un moyen de transport beaucoup plus libre que l’avion : quantité de bagage que l’on veut, pas besoin d’arriver trop longtemps à l’avance, directement située au cœur d’une ville. Et enfin, ce que j’ai beaucoup aimé c’est de prendre le temps de réaliser la distance parcourue, de transiter d’un lieu à un autre et de voir les paysages qui changent. Je ne vois pas particulièrement de conséquences négatives de mon côté.

Quels conseils donnerais-tu à un.e freelance, entrepreneur qui voudrait vivre le même type d’expérience ?

Le conseil que je donnerai est de ne pas toujours penser optimisation du temps et du coût, mais penser aussi au plaisir du moment et du voyage en lui-même. Et puis pour bien télétravailler dans le train, prévoir en amont sa journée : pas de call, des tâches de productions ou de fonds.

Guillaume, prospecter à vélo

Guillaume, Freelance For Good en Communication Digitale, a décidé de travailler pour des petites structures près de chez lui. Il a donc décidé de les approcher … en vélo !

Est-ce que tu peux nous parler de ta cible et nous dire pourquoi tu as décidé de les prospecter à vélo ?

À mon lancement, j’avais choisi de proposer mes services en priorité aux structures engagées proches de chez moi : petits commerces de l’économie sociale et solidaire, artisans, créateurs et créatrices… Peu à l’aise avec l’idée de démarcher mes premiers prospects avec des e-mails et des coups de téléphone, je me suis dit : ceux-là au moins, je peux aller leur parler en vrai. Certains me connaissent déjà, ça fera tomber la première grosse barrière du « commercial avec ses gros sabots » !

Quelles ont été les conséquences positives et négatives de ce choix ?

Déjà, le simple fait de se présenter physiquement plutôt que d’appeler ou d’envoyer un mail a été grandement apprécié par mes interlocuteur·rice·s. J’ai essuyé très peu de refus « nets » comme j’aurai pu le craindre dans une prospection plus classique.

Ayant sélectionné environ 70 structures de ce type sur une dizaine de communes limitrophes de chez moi, le choix du vélo s’est imposé comme une évidence : j’ai planifié des « tournées » par secteur pour aller à leur rencontre. Je développe l’usage du vélo dans ma vie personnelle pour les déplacements de moins de 5km, il n’y avait pas de raison que ça soit différent pour mon activité professionnelle. C’est aussi ça, d’être cohérent et « aligné » avec ses valeurs en tant que freelance à impact !

Nombreux·ses sont celles et ceux qui m’ont encouragé dans ma démarche, j’ai senti que le déplacement à vélo appuyait et crédibilisait réellement mon positionnement sur l’impact. Et puis, pour moi qui fais pas mal de course à pied c’était un bon complément d’entraînement qui m’a fait découvrir de nouveaux muscles !

Côté revers de la médaille, hormis un petit orage traversé sans k-way, je n’ai pas grand-chose à signaler. Je pourrai dire que j’y ai passé beaucoup de temps, mais quand je vois les premiers résultats (RDV obtenus et missions débutées) j’ai l’impression que le jeu en valait la chandelle ! Quand j’aurai un peu plus de recul, ça m’intéresserait de comparer l’efficacité avec des méthodes de prospection digitale plus classique.

Quels conseils donnerais-tu à un.e freelance ou un.e entrepreneur.e qui voudrait vivre le même type d’expérience ?

Fonce ! Mais mets un casque et arrête-toi aux feux rouges 😉

Plus sérieusement, si une partie de ta cible et/ou tes client·es sont proches de chez toi, et que les enjeux écologiques font partie de tes convictions personnelles et de ton discours professionnel, te déplacer à vélo te rendra heureux·se en associant travail, bien-être et protection de la planète !

Sur le plan purement pratique : ne fais pas comme moi, adapte ta tenue à la météo et prévois toujours une gourde et un kit de réparation en cas de pépin.

Allez, un dernier chiffre pour te convaincre : le vélo est plus rapide que la voiture sur des distances de 1 à 5 km (c’est pas moi qui le dis, c’est l’ADEME).

Toi aussi tu as envie d’approfondir ta connaissance des enjeux climatiques et sociaux pour faire évoluer tes habitudes dans une communauté joyeuse et bienveillante de freelances for good, postule ici pour nous rejoindre !

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