Claire M, membre de la communauté des Freelance For Good, s’est inspirée d’une masterclass Live d’Emilie Nguyen Van Yen du 11 mars 2025 dernier pour rédiger cet article et te partager des conseils sur l’accessibilité. Emilie est designer UI/UX, spécialisée en éco-conception et accessibilité numérique. Son objectif : créer des interfaces utiles, simples, durables… et accessibles à tout le monde.
« Membre de Social Declik depuis quelques mois, je m’efforce de travailler pour des clients qui embellissent le monde plus qu’ils ne l’abîment »
— Emilie Nguyen Van Yen
L’idée, c’est que tu puisses appliquer ces conseils et intégrer l’accessibilité dans ton projet dès maintenant, à ton niveau. Pas besoin d’être un pro pour faire avancer les choses — tu peux déjà avoir un vrai impact.

C’est quoi exactement, l’accessibilité ?
1. Une définition large
L’accessibilité assure le respect des droits de chacun·e, qu’elles que soient ses états mentaux, psychologiques ou physiques. En France, le cadre légal de l’accessibilité est défini par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Ainsi, toute personne a le droit d’accéder :
- À un emploi
- À un logement
- Aux lieux et services publics
- A l’information
2. Et côté numérique ?
Tous les droits évoqués par la loi du 11 février font partie de l’accessibilité numérique, parce que le numérique touche vraiment à tous les aspects de notre quotidien. En théorie, ça devrait permettre à tout le monde d’accéder aux offres d’emploi, de postuler en ligne, et d’éviter toute forme de discrimination. On insiste sur “en théorie” parce que, malheureusement, les outils numériques professionnels sont souvent porteurs d’obstacles à une accessibilité complète.
« En matière d’accessibilité web, on parle aussi surtout d’accès à l’information, parce que le web est un support massif d’information.»
— Emilie Nguyen Van Yen
Pour évaluer et améliorer l’accessibilité d’un service numérique en France, on s’appuie sur un guide de référence : le RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité). Derrière ce nom un peu sérieux, il faut savoir que ce référentiel est basé sur les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines), des règles internationales mises en place par le W3C (le consortium qui fixe les standards du web).
Concrètement, le RGAA repose sur 4 grands principes qui doivent guider la conception d’un site ou d’une appli :
- Perceptible : les contenus (textes, boutons, formulaires, etc.) doivent pouvoir être perçus, y compris par les personnes avec un handicap sensoriel.
- Utilisable : chaque élément doit pouvoir être utilisé facilement, même sans souris ou avec des limitations motrices.
- Compréhensible : les textes et les parcours doivent être clairs, logiques, et aider à éviter les erreurs.
- Robuste : le service doit fonctionner avec les outils actuels (lecteurs d’écran, navigateurs, etc.) et rester compatible avec ceux à venir.
À la base, le RGAA s’adresse surtout aux services publics. Mais en vrai, tout le monde est concerné, et le European Accessibility Act prévoit même des sanctions pour les services qui ne jouent pas le jeu.
Comment agir sans être un·e pro de l’accessibilité ?
Même si tu n’es pas expert·e, tu peux faire bouger les lignes. Tu connais déjà ton projet, ton équipe te fait confiance… Tu es donc bien placé·e pour amorcer les choses. Voici comment t’y prendre.
1. Créer un consensus
Dans un monde idéal, toute l’équipe projet — que ce soit les analystes, chefs de projet, développeurs, designers ou marketeurs — serait déjà convaincue que créer des produits utilisables par tout le monde, c’est super important.
Mais la réalité est un peu différente. Tout le monde n’est pas toujours concerné par l’accessibilité. Du coup, faut parfois les convaincre un peu.
« J’aborde le sujet petit à petit, plutôt avec quelques personnes, pas en équipe complète»
— Emilie Nguyen Van Yen
Voici quelques astuces pour y arriver :
- Trouve-toi des alliés : Pour convaincre les décideurs, appuie-toi sur celles et ceux qui pensent déjà que l’accessibilité compte, peu importe leur niveau d’expertise.
- Joue la carte du contexte : Si ton projet vise à faciliter l’accès à l’emploi, il doit forcément être accessible. Et c’est encore plus vrai quand une organisation internationale ou européenne est dans le coup.
- Montre les dégâts : En présentant un bug ou un frein dans le produit, tu rends concret ce que vivent les personnes bloquées. Ça parle toujours plus qu’un long discours.
- Parle de ce que tu maîtrises : Si tu bosses sur l’expérience utilisateur, mise sur ça pour convaincre. Parler d’expérience est souvent plus parlant que de normes ou de conformité.
💡 Conformité vs utilisabilité
La conformité, c’est un peu comme suivre un guide officiel — ici en France, on parle souvent du RGAA. L’idée, c’est de coller au max aux normes établies pour rendre ton produit accessible.
L’utilisabilité, elle, c’est plus basé sur le terrain, l’expérience réelle des utilisateurs : est-ce que les gens arrivent vraiment à faire ce qu’ils veulent, à trouver l’info, peu importe leur situation ou les outils qu’ils utilisent ?
« L’utilisabilité est aussi un langage mieux compris par les équipes produit : si je dis « ben là cette personne avec un lecteur d’écran elle ne peut pas nous contacter », ça leur parle plus que « il faut un contraste de 3:1 entre cette bordure et cet arrière-plan ».»
— Emilie Nguyen Van Yen
Les deux dimensions conformité et utilisabilité ont leur importance. Si on ne regarde que la conformité, sans prendre en compte le contexte d’usage, on peut vite tomber dans des situations absurdes. Et à l’inverse, se concentrer uniquement sur l’utilisabilité peut faire passer à côté de règles essentielles.
Les UX designers, de leur côté, ne sont pas forcément calés sur ces normes techniques — c’est normal, ce n’est pas leur cœur de métier. Faire un audit complet ou vérifier la conformité, c’est plutôt le rôle de spécialistes en accessibilité.
Par contre, là où l’UX designer est indétrônable c’est pour repérer les problèmes concrets de parcours, d’interactions, de compréhension… Et à son échelle, il peut vraiment améliorer l’accessibilité d’un produit.
2. Se décider et s’organiser
Faire de l’accessibilité sans être un·e expert·e, c’est accepter de ne pas viser la perfection. Oui, tu vas sûrement passer à côté de quelques trucs ou faire des erreurs, et c’est normal ! Il faut aussi choisir ses batailles : tu ne pourras pas tout améliorer en même temps, surtout si tu n’as pas un soutien solide de ton équipe ou d’un·e spécialiste.
Côté design, tu peux déjà faire quelques petites améliorations sympas — genre mieux gérer les contrastes, agrandir les zones cliquables, clarifier les intitulés des liens… Mais dans cet article, on ne va pas trop s’attarder là-dessus.
On préfère te montrer comment tu peux vérifier d’autres trucs, un peu plus accessibles à tous, pour améliorer l’accessibilité avec ta team sur le projet.
Voici quelques points faciles à vérifier :
Navigation avec le clavier
Pour les personnes qui ne peuvent pas utiliser une souris, la navigation au clavier est super importante. C’est une alternative qui permet d’interagir avec toute l’interface simplement en utilisant le clavier — et parfois même avec des dispositifs comme une baguette tenue dans la bouche pour actionner le clavier.
Pourquoi c’est important ? Parce que ça garantit que tout le monde peut utiliser ton site ou ton appli, même sans souris.
Lecteurs d’écran
Un lecteur d’écran, c’est un outil qui lit à voix haute tout ce qui s’affiche à l’écran. Par exemple, il y a :
- Sur Windows : Narrator, NVDA, JAWS
- Sur Android : Talkback
- Sur Mac OS et iOS : VoiceOver
- Sur Linux : Orca
Ces lecteurs ne se contentent pas de lire, ils permettent aussi de naviguer facilement dans la page en sautant de titres en liens, en formulaires, etc. Pour que ça marche bien, ton site doit avoir une structure claire et bien codée (titres, liens, boutons, formulaires bien identifiés).
Pourquoi c’est important ? Parce que ça permet aux personnes malvoyantes ou non voyantes d’accéder à l’information correctement.
Autres cas d’usage
En plus du clavier et des lecteurs d’écran, il y a plein d’autres outils d’accessibilité, comme la loupe numérique, l’afficheur braille, ou la commande vocale. Tu peux aussi penser à vérifier ces aspects dans ton audit.
Pour que tes contenus soient accessibles à tous, un bon réflexe, c’est d’écrire en langage clair et simple. Si possible, demande à des personnes avec des troubles cognitifs de relire tes textes pour t’assurer qu’ils sont bien compréhensibles. Sinon, tu peux aussi faire appel à des spécialistes qui proposent ce genre de vérification.
3. Planifier et communiquer sur les tests
Si l’accessibilité arrive un peu après le développement (ce qui arrive souvent !), pas de panique. L’idée, c’est de planifier des tests pour repérer ce qui coince. Et comme on s’intéresse ici à l’expérience utilisateur, tu peux structurer tes tests autour de tâches concrètes, ce qui rend les choses plus parlantes pour les développeurs.
Voici quelques exemples de tâches utilisateur à tester :
- Se connecter
- Envoyer un message
- Faire une recherche
- Filtrer les résultats
Et tu peux tester chaque tâche avec deux types de navigation :
- Avec un lecteur d’écran
- Avec le clavier uniquement
Par exemple :
- Se connecter avec un lecteur d’écran
- Se connecter avec un clavier
- Envoyer un message avec un lecteur d’écran
- Envoyer un message avec un clavier
Et pour aller plus loin, tu peux tester tout ça sur plusieurs navigateurs :
- NVDA sur Chrome
- VoiceOver sur Safari
- NVDA sur Firefox
- Narrator sur Edge
💡 Une astuce pratique : utilise une grille avec des cases à cocher pour organiser les tests, c’est super efficace.
Exemple de checklist : « Se connecter avec un lecteur d’écran »
☑ Je perçois le bouton « Connexion » et je comprends à quoi il sert
☑ J’active ce bouton avec les commandes du lecteur
☑ J’accède au formulaire de connexion, chaque champ est compréhensible
☑ Je passe d’un champ à l’autre sans souci
☑ Je remplis le formulaire avec les commandes du lecteur
☑ Je valide l’envoi avec le lecteur
☑ Je comprends si ma connexion a réussi ou non
Rendre les tests faciles à suivre
Pour intégrer ces tests dans ton projet sans que ça devienne un casse-tête, tu peux utiliser un outil visuel comme Trello ou Notion. Chaque tâche testée peut être présentée sous forme de carte avec les infos suivantes :
- La personne chargée du test
- Le titre de la tâche / cas d’usage
- La checklist de test
- Les obstacles rencontrés
- Où et comment ces obstacles apparaissent
Pourquoi cette approche fonctionne bien ?
- Elle implique concrètement les membres de l’équipe, qui se rendent compte par eux-mêmes des blocages.
- Elle permet de gérer les problèmes facilement : tu peux créer des tickets, les prioriser, et suivre leur résolution.
- Et au passage, tu peux avoir une vue d’ensemble du niveau d’accessibilité de ton produit, tâche par tâche.
4. Analyse les résultats et avance
Une fois que les tests sont faits et que les obstacles ont été repérés, place à l’action ! Il faut maintenant trouver des solutions et travailler main dans la main avec les développeurs pour corriger tout ça.
Les blocages simples
Certaines erreurs sont assez basiques, et avec quelques notions d’accessibilité numérique, tu peux facilement les repérer et proposer un correctif.
Par exemple :
- Un bouton sans nom accessible
- Des titres mal hiérarchisés
- Des liens sans description claire
👉 Dans ces cas-là, pas besoin d’attendre : tu peux expliquer le problème et partager une solution directement avec l’équipe tech.
Les blocages plus complexes
Parfois, c’est un peu plus tordu. Genre un test qui passe avec un lecteur d’écran sur Chrome mais pas sur Firefox… 😅
Dans ces cas-là, il faut aller plus loin :
- Chercher de la doc pour comprendre le souci
- En discuter avec l’équipe pour trouver un compromis acceptable
- Et s’il n’y a pas de solution évidente, anticiper au mieux l’interaction idéale
Tu peux alors découper l’interaction en petites étapes claires, en indiquant :
- Ce que l’utilisateur est censé percevoir
- Ce qu’il doit pouvoir faire
- Ce qui doit être annoncé ou visible
💡 En gros, tu deviens le traducteur entre l’expérience utilisateur et la technique.
Et ensuite ?
Ben… on re-teste ! 😄
Tu vérifies que les correctifs fonctionnent vraiment, sur un maximum de cas d’usage. Et tu recommences jusqu’à ce que ce soit fluide et accessible pour tout le monde.
En conclusion : est-ce qu’on a avancé ?
Spoiler : oui ! 🎉
Même si tu n’es pas expert·e en accessibilité, le fait de t’y mettre permet déjà d’avoir un vrai impact sur l’inclusivité de ton produit.
Chaque amélioration compte.
Mais attention : sans intervention d’un·e spécialiste, certains blocages complexes peuvent passer à la trappe.
Le top, c’est donc de combiner ton action à l’échelle de ton équipe avec un accompagnement expert dès que possible.
En résumé : tu n’as pas besoin d’être parfait·e pour faire avancer les choses.
Il suffit de commencer, tester, ajuster… et continuer d’apprendre 🚀
« Je continue d’ailleurs à argumenter pour faire appel à des spécialistes.»
— Emilie Nguyen Van Yen
Anticiper les résistances
Malheureusement, même avec toute la bonne volonté du monde, il arrive que le sujet de l’accessibilité soit remis en cause en cours de route. Par exemple, quand les développeurs passent pas mal de temps à corriger des problèmes, un·e responsable projet ou budget peut se demander : “Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?”.
👉 Pour éviter ce genre de débat stérile, le mieux reste d’intégrer un·e référent·e accessibilité dès le départ dans l’équipe. Pas besoin que ce soit un·e expert·e certifié·e – une personne motivée et formée aux bases peut déjà faire la différence.
L’idée, c’est que cette personne devienne le point de repère accessibilité tout au long du projet :
- Pendant la budgétisation
- Lors des phases de conception et de design
- Pendant le développement
- Et même pour l’audit final
Parce que plus on intègre l’accessibilité tôt, moins on aura de trucs à corriger à la dernière minute (et donc moins de friction avec l’équipe et le budget 💸).
Pour boucler la boucle, on laisse le mot de la fin à Émilie Nguyen Van Yen, qui a joué ce rôle de référente accessibilité, sans être experte au départ :
« Je pense aussi que toutes les personnes ayant participé au projet auront franchi une étape dans leur parcours de sensibilisation, et seront plus facilement engagées sur leurs travaux suivants.»
— Emilie Nguyen Van Yen
Merci à Claire M et Emilie, membres de la communauté des Freelances For Good pour cet article très intéressant.
👉 Si tu veux aller plus loin et découvrir le freelancing à impact, télécharge notre guide du secteur de l’impact juste ici !


