Changer le monde, un mot à la fois avec l’écriture inclusive

Julie Legru

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Les mots ont un pouvoir incroyable.

Ils suscitent des émotions, racontent des histoires, mais parfois, malheureusement, perpétuent aussi des préjugés. C’est là que l’écriture inclusive entre en jeu, afin de combattre le sexisme ancré dans notre langue.

Charline Birault Souchez, conseillère éditoriale indépendante, a animé pour nous une masterclass pour la communauté Social Declik. Charline est plume et consultante éditoriale. Elle accompagne les acteurs publics et associatifs dans la définition de leur ligne éditoriale et la rédaction de leurs contenus. Spécialisée dans la communication publique et politique, ses sujets d’expertise portent sur la justice, le féminisme et le vivant.

On t’invite donc à découvrir comment l’écriture inclusive, bien plus qu’une simple tendance linguistique, peut devenir ton arme secrète pour des textes engagés.

Un groupe de 4 personnes devant des ordinateurs et téléphone portable qui discutent.

Appréhender les Enjeux de l’Écriture Inclusive

As-tu déjà entendu cette critique : « L’écriture inclusive détruit la langue de Molière ! » ? Peut-être l’as-tu même pensé·e ? 

Aujourd’hui, on va te montrer que l’écriture inclusive, souvent incomprise, constitue en fait une arme secrète contre les inégalités de genre. Appelée aussi « écriture neutre », « non-sexiste », « égalitaire », « respectueuse », « militante », « féministe », ou même « langage épicène », elle va au-delà d’une simple ponctuation pour remodeler notre langage. Elle est un outil du changement. 

Pourquoi est-elle indispensable ? On ne va pas modifier les mentalités à coup de points et de « e » ! 

Et pourtant, cela participe bel et bien à la création d’un nouvel imaginaire collectif ! Cela a un impact profond sur la manière dont on perçoit le monde. C’est pourquoi réinventer notre langage est impératif pour défier les conventions de genre et œuvrer pour une égalité authentique.

Les techniques de l’écriture inclusive en action

L’écriture inclusive dépasse largement le simple point médian. Elle englobe une multitude de techniques pour rééquilibrer notre langage et éradiquer les stéréotypes. Plongeons dans les coulisses de cette approche qui défie le sexisme linguistique et ouvre la voie à un langage plus inclusif.

Au menu : la double flexion, le lexique inclusif et les formulations épicènes.

Le point médian, une technique bien connue, n’est qu’une facette de l’écriture inclusive. Cependant, les stratégies inclusives ne s’arrêtent pas là. Voici d’autres techniques que nous pouvons utiliser :

  • La réhabilitation des titres, fonctions et grades : Dans le lexique, une première sphère d’action de l’écriture inclusive vise à réhabiliter les titres, fonctions et grades en les re-féminisant. En privilégiant les formes historiques comme « autrice », « entrepreneuse », « professeuse », elle démontre que le passé peut porter l’étendard du progrès.
  • La double flexion : elle redonne vie aux mots; « les développeurs et développeuses » éclipsent le vieillot « les développeurs », conférant à chacun sa place.
  • Les termes épicènes et formulations englobantes : On peut également opter pour des termes épicènes et des formulations globales, telles que « l’équipe de développement », brisant ainsi les barrières de genre.
  • L’accord de proximité : Grammaticalement parlant, on peut également utiliser l’accord de proximité déjà naturellement utilisé à l’oral, comme dans l’exemple « Les étudiants et étudiantes sont travailleuses et déterminées. » Aussi nommé accord de « voisinage » ou de « contiguïté », il harmonise le genre et le nombre des mots, contrecarrant ainsi les préjugés.
  • Le point médian : Finalement, le point médian, malgré les controverses, demeure un outil qui, contrairement aux idées reçues, n’est pas récent. Son évolution au fil des années a été marquée par le passage des « / », des « () », pour finalement aboutir à un point plus subtil et inclusif. Celui-ci met les genres sur un pied d’égalité plutôt que de présenter le genre féminin comme une option facultative.

L’évolution nécessaire des techniques de l’écriture inclusive et leur impact transformateur

Tu pourrais te demander : « Pourquoi changer ce qui fonctionne ? » L’académie Française a elle-même évolué au fil du temps. 

Les ajustements linguistiques passés ont souvent été influencés par des considérations politiques et sociales. Alors, pourquoi ne pas accueillir cette nécessaire évolution vers un langage plus inclusif ?

La langue est en perpétuel mouvement. Au 17ᵉ siècle, des métiers comme « autrice », « charpentière », « administresse » ont été bannis, et l’accord de proximité a cédé la place à la règle du « masculin l’emporte ». Ces choix linguistiques portent la marque d’une époque imprégnée de sexisme. Aujourd’hui, on a l’opportunité de forger un langage qui reflète une société plus équitable, où chaque mot contribue à la quête de l’égalité.

Nos choix de mots exercent une influence sur notre perception du monde qui nous entoure. L’écriture inclusive ne se résume pas à de simples ajustements grammaticaux. Elle a le pouvoir de réinventer notre manière de penser et de saisir les genres. En contestant les normes de genre profondément enracinées dans notre langage, elle ouvre la voie à une compréhension plus juste et respectueuse entre les individus.

« Le sexisme dont est empreint le langage […] et qui fait prévaloir le masculin sur le féminin – constitue une entrave au processus d’instauration de l’égalité entre les femmes et les hommes du fait qu’il occulte l’existence des femmes qui sont la moitié de l’humanité, et qu’il nie l’égalité de la femme et de l’homme. »
Recommandation (R-90-4) sur l’élimination du sexisme dans le langage, adoptée par le Conseil de l’Europe, le 21 février 1990.

L’écriture inclusive représente une opportunité réelle de provoquer un changement significatif, en commençant par les mots que l’on utilise au quotidien. En adoptant ces techniques, on devient les acteurs d’un récit anti-sexiste qui nous appartient. Ensemble, pas à pas, mot après mot, on a le pouvoir de façonner un monde transformé, un mot à la fois.

En parcourant cet article, on espère que tu as acquis des conseils concrets, facilement et rapidement applicables. Chacun peut jouer un rôle à son échelle, que ce soit dans le graphisme, le développement des sites web, la communication, ou tout autre domaine. La révolution linguistique ne dépend pas de quelques projets isolés, mais bien de l’implication de TOUS et TOUTES.

Toi aussi tu as envie d’approfondir ta connaissance des enjeux sociaux et climatiques pour faire évoluer tes habitudes dans une communauté joyeuse et bienveillante de freelances for good, rejoins le collectif Social Declik ici et découvre toutes les masterclass en replay, dont celle-ci !

Pour aller plus loin :

La chaîne Youtube de Tiphaine D

La chaîne YT Linguisticae

L’article “Entrepreneuriat féminin : parlez d’entrepreneuses !” 

Et la magnifique planche de Ludivine De Prince suite à cette Kapsule

Télécharger la planche sur l’écriture inclusive

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